Capacités militaires à bout de souffle : Le CEMA monte en 1ère ligne

Depuis quelques jours, nous apprenons ça et là dans la presse que notre chef d’état-major des armées (CEMA), le général François Lecointre, n’a pas mâché ses mots livrant une analyse inquiétante sur la situation actuelle, au sein de notre armée. Ces mêmes inquiétudes admettons-le, nous replongent indéniablement dans le contexte de crise en 2017 qui avait valu la démission de son prédécesseur le Général De Villiers.

En effet, lors de son audition le 16 Octobre dernier devant la commission du Sénat, le CEMA a planté le décors : « les tendances de la revue stratégique se confirment et s’accélèrent même : le monde réarme, les relations internationales se militarisent, le multilatéralisme est contesté et les sujets de tension se multiplient. » Et ainsi de donner    l’estocade finale, affirmant : « en partant de ce constat et en nous projetant dans l’avenir à la lumière de l’analyse que nous faisons de la situation internationale, nous devons nous demander si le modèle que nous concevons aujourd’hui sera à même de répondre, avec nos alliés, aux sollicitations futures. »

Rentrons dans les détails, quel est ce «modèle» actuel, sujet d inquiétudes du Général Lecointre ?

Au sein de la Royale, le sujet des frégates est ainsi avancé : « Concernant le segment frégate, nous en mesurons chaque jour davantage sa nécessité. il me faut aujourd’hui garantir au Président de la République une présence permanente dans le golfe Persique ; s’y ajoutent la surveillance du détroit de Bab el-Mandeb, des patrouilles dans le canal de Syrie pour faire valoir nos lignes rouges sur l’usage d’armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad, mais aussi la défense de notre bastion du golfe de Gascogne et la surveillance de la sortie des sous-marins russes de leur propre bastion dans l’Atlantique Nord. Je suis au bout de mes capacités !» estime le CEMA. Et de rappeler que le « besoin défini pour les frégates de premier rang était en 2008 de 24 bâtiments », dont « 17 FREMM, 2 frégates de défense aérienne et 5 frégates La Fayette. En 2015, la cible 2030 a été fixée à 15 bâtiments. »

Concernant les blindés médians de l’armée de terre, qui représentent les « emblématiques de la notion de masse sur le champ de bataille, nous disposions en 2008 – époque de fait moins troublée qu’aujourd’hui – de 452 véhicules blindés médians ». Aujourd’hui la cible pour 2030 est fixée à 300 Jaguars. « Ces véhicules sont certes beaucoup plus performants, mais la multiplication des théâtres d’opérations pèsera toujours plus lourd », estime le CEMA.

S’agissant de l’armée de l’air, même sentence : « l’armée de l’air disposait en 2007 de 420 avions de combat ; la cible pour 2030 est de 185 avions polyvalents ».

Des matériels et équipements trop sollicités qu’il faut pouvoir entretenir voire remplacer, tel est le message clairement énoncé par le chef d’état-major en faisant observer que « le niveau de sollicitation de certains équipements au cours de ces dernières années s’est avéré supérieur à ce que prévoyaient les contrats opérationnels ». Et d’enchaîner : « Pour répondre à des sollicitations toujours plus fortes, il faut d’abord rendre nos équipements plus disponibles, par la réorganisation de nos chaînes de maintenance et des flux budgétaires plus importants, mais cette approche a une limite : la ressource humaine».

Cette même « ressource humaine » dernier sujet d’inquiétude du CEMA qui au vu des difficultés de recrutement au sein de nos forces armées est pointé du doigt, concluant son audition ainsi : « il faut dès à présent nous interroger sur l’augmentation de la masse de nos armées ». Et de donner la touche finale : « Cette réflexion est essentielle pour la réalisation de cette LPM* et la préparation de la suivante. »

En conclusion, force est de constater qu’une telle intervention de la part du CEMA a le mérite d’une part, de remplir pleinement son rôle de défense et soutien de ses forces armées dont tous les hommes et femmes émérites en son sein. D’autre part elle souligne, en montant de la sorte au créneau et interpellant sans langue de bois, que la situation est on ne peut plus inquiétante et nécessite de revoir les copies pour 2020 et 2021.

Plus que des paroles attendues du gouvernement, l’heure est à l’action .

La rédaction

Mercedes CREPIN

Crédit photo : Pixabay

*LPM* : Loi de programmation militaire

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