Centenaire du 11 Novembre : rendez-nous nos Poilus !

La Parole est donnée à David OSSENDORFF ancien soldat des troupes de Marine (1er RIMa) sur les annonces du Chef des armées, s’agissant du centenaire de l’armistice de 1918.

Selon les propos de Jean-Dominique MERCHET journaliste sur les questions Défense pour le journal Opinion :  lors de la présentation, jeudi à l’Elysée, de «  l’itinérance mémorielle et territoriale  » (sic) que le chef de l’Etat compte effectuer dans l’Est et le Nord de la France, à l’occasion du centenaire de l’armistice de 1918, la question militaire a été abordée : 

« Le sens de cette commémoration, ce n’est pas de célébrer la victoire de 1918. Il n’y aura pas de défilé ou de parades militaires », indique-t-on à l’Elysée, où l’on refuse « une expression trop militaire ». On précise que cela a été négocié avec l’Allemagne, la chancelière Merkel étant une invitée de marque des cérémonies.

A la lecture des propos du Président E.MACRON, la rédaction du Journal Le Conscrit ne cache pas un sentiment profond d’indignité​, s’agissant d’honorer la mémoire de milliers d’hommes, nos poilus, fervents patriotes conscrits et courageux défenseurs de nos libertés, dont des milliers de vies laissées sur les champs meurtriers, au cours de longs combats que l’Histoire a souvent décrit tels de véritables boucheries.

 

Après mures réflexions, la Rédaction du Conscrit choisit de donner la parole à un ancien militaire ayant servi notre nation dans le 1er Régiment d’Infanterie de Marine (1er RIMa). Car qui mieux que nos anciens et émérites soldats pour exprimer leur ressenti face aux déclarations du Chef des armées, à propos du centenaire de l’armistice du 11 Novembre !

La Der des Der à 100 ans !
C’est avec le plus grand respect que je commence par ces chiffres :
Le total des victimes s’élève à 18,6 millions,  morts, invalides et mutilés compris. Dont 8 millions de civils.1 330 497 soldats français morts pour la France, 91 450 non morts pour
la France, et 211 non statués à ce jour.
Car ne jamais oublier le vécu de ces soldats, arrachés à leur famille, pour défendre leur mère patrie.
Comment oublier ce qu’a dû être leur quotidien, aux antipodes de la vie en Opex de nos jours. En effet, toute désobéissance conduisait au mieux, de Verdun à Cayenne. Au pire, au peloton d’exécution.
Rappelons nous leurs conditions de vie, en passant par l’absence totale d’hygiène, le
froid pétrifiant de l’hiver, les maladies, les poux, les rats partageant les tranchées avec nos poilus.
Les averses de pluie qui faisaient une boue épaisse et collante, la vie des tranchées était plus que dure.
La peur au ventre dans l’attente de la faucheuse, les journées étaient rythmées par les
bombardements violents de plus en plus précis, les gaz et les attaques foudroyantes et répétées de ceux qui avaient prit de drôle de surnoms «Fritz, Teuton, Boche, Chleuh….»
Dans ce cahot le plus total où l’horreur était ordinaire, nos soldats étaient plus que jamais soudés, la camaraderie vissée au corps, bravant la mort de trous d’obus en trous d’obus, ils trouvaient un certain réconfort lors d’accalmie en entonnant des chants et en
écrivant des lettres à leur famille.
Les poilus, baptisés ainsi parce qu’ils ne pouvaient ni se laver, ni se raser, restaient un mois dans les tranchées avant d’être relevés et envoyés à l’arrière où il pouvaient manger chaud, à leur faim et dormir au sec.
Le 11 novembre 1918 à 5h15 marque un point final à cette tragédie par la défaite totale de l’Allemagne. Les cloches et les carillons sonneront ce matin du 11 novembre, annonçant l’armistice mais pas la fin de la guerre.
Effectivement, les 9 millions de poilus ne seront démobilisés qu’après le traité de Versailles, en juin 1919.
Celle que l’on avait surnommé « la der des der » libérera le dernier poilu en octobre 1919.
Cent ans, un anniversaire qui dans quelques jours, va se retrouver tronqué quant à sa vraie signification. En effet, notre Président de la République aurait pris la décision de «ne pas fêter le succès de la France sur l’Allemagne, son ennemie de l’époque … Le sens de cette commémoration, ce n’est pas de célébrer la victoire de 1918. Il n’y aura pas de défilé ou de parades militaires»
En tant qu’ancien militaire, je suis, comme beaucoup d’anciens, profondément choqué par une telle décision du chef de nos armées.
Le dernier poilu avait déclaré qu’il refusait les obsèques nationales : « C’est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu’ils méritaient. On n’a rien fait
pour eux ».
On n’a rien fait pour eux, et comme si cela ne suffisait pas, 10 ans après la disparition du dernier poilu, nous allons, pour ne pas choquer notre ancienne ennemie, l’Allemagne,
faire de cet anniversaire une cérémonie pour « des civils que l’on avait armés ».
Dire de nos poilus qu’ils ont été des civils que l’on avait armés, c’est oublier qu’à cette époque  l’armée était constituée principalement de conscrits.
Nommés ainsi ces hommes, grâce à qui nous dormons toujours sous la couverture de la
liberté, serait négliger l’agnation avec l’armée d’aujourd’hui. Des mots avec des conséquences lourdes, qui pourrait amener à mettre en avant l’idée folle que le sacrifice de nos soldats d’aujourd’hui ne serait pas du même ordre.
Monumentale erreur du chef des armées, car le 11 novembre n’est pas que le jour anniversaire de l’armistice 1918 mais également la commémoration annuelle de la victoire et de la Paix où il est rendu hommage à tous les morts pour la France.
La chancelière, Angela Merkel, sera « une invitée de marque des cérémonies de commémoration ». Rappelons que nos principaux alliés, eux aussi de marque : les
Britanniques, les Américains et les Canadiens, pour leur part, feront bien des parades militaires, ne craignant en aucun cas de célébrer cette victoire, qu’ils ont payé d’un lourd
tribu au nom de la liberté.
Enfin, je finirai par l’inscription sur la plaque commémorative qui est aux Invalides :
« Alors que disparaît le dernier combattant français de la Première Guerre mondiale, la Nation témoigne sa reconnaissance envers ceux qui ont servi sous
 ses drapeaux en 1914-1918. La France conserve précieusement le souvenir de ceux
qui restent dans l’Histoire comme les Poilus de la Grande guerre » .
David OSSENDORFF
Petit-fils de déportée de la 2nde guerre mondiale.
Crédits photo : Cndp.fr

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.