Feuille de route du Service National Universel (S N U) : aller de l’avant sans regarder dans les rétroviseurs !

C’est désormais chose faite, le Service National Universel (S N U) est inscrit dans notre Constitution depuis la nuit des 18 et 19 Juillet derniers. Une inscription constitutionnelle que l’on ne peut s’empêcher de juger discrète, et de surcroît entourée d’indices pour le moins flous, semés çà et là, s’agissant de la forme et du fond.

Si l’on s’en tenait à lannonce officielle faite le 27 Juin 2018, au sortir du Conseil des Ministres, il était question d′un S N U scindé en deux phases obligatoires :

  1. La 1ère phase s’adressant aux jeunes filles et garçons de 16 ans, appelées pour une durée de 1 mois dont 15 jours en hébergement.
  2. La 2ème phase pour les 16/25 ans basée sur le volontariat d’une durée minimale de 3 mois pouvant aller jusqu’à 12 mois avec possibilité d’incorporation dans la Gendarmerie, l’aide à la personne, la sécurité civile et la culture.

Le moins que l’on puisse dire c’est que le ton était loin d’être donné. Avouons-le, nous avons été nombreuses et nombreux à rester sur notre faim pour ce qui est de définir les modalités et enjeux de ce futur S N U.

L’annonce d’une consultation générale auprès d’associations et syndicats représentants de la jeunesse, des parents et des enseignants, fut faite par voie de presse. Force était de constater que nos militaires étaient absents de la-dite consultation. Car logiquement, n’étaient-ils pas eux aussi concernés, s’agissant de donner leur point de vue avisé sur l’encadrement, l’hébergement ou encore la formation des futures jeunes appelées.  Convenons-en chères lectrices et lecteurs, que nous soyons issues de la société civile ou professionnelles des armées, il y avait bien la incohérence que de ne pas demander aux premiers intéressés leur opinion, sur un service national, à priori, qu’ils allaient devoir gérer et encadrer.

Décidément, tout cela restait bien flou durant tout l’été, jusqu’à cette date du 13 Septembre dernier, journée de première consultation territoriale marquée par le          déplacement officiel en Avignon, du 1er Ministre E. PHILIPPE accompagné de la Secrétaire d’état aux armées G. DARRIEUSSECQ, du Général MENAOUINE Rapporteur du Groupe de travail SNU ainsi que de la Ministre à la transition écologique et solidaire B. POIRSON.

C’est ainsi que sous l’œil avisé des caméras institutionnelles, nous avons pu assister en direct à une concertation plutôt sympathique et décontractée entre les autorités présentes et près de 600 jeunes de la région avignonnaise, conviés pour débattre du futur Service National Universel. L’idée de la dite-concertation étant de «savoir ce qui plait ou ne plait pas aux jeunes sur le concept de service national universel, pour qu’à l’heure des décisions, leurs voix soient entendues». Avouons que la tâche fait preuve d’ouverture d’esprit et d’écoute de la part de nos instances dirigeantes à l’égard de notre jeunesse !

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Dès l’ouverture des débats, le ton fut donné par le Rapporteur du groupe de travail SNU en la personne du Général MENAOUINE, qui annonça clairement « que l’ancien service militaire appartient au passé…ce n’est pas l’ambition du SNU de le restaurer…on est là pour aller de l’avant…on est pas là pour regarder dans les rétroviseurs !… »

Ce que confirmera à nouveau le 1er Ministre en prenant la parole : « le S N U ne recréera pas le service militaire…qui a eu sa fonction d’enjeu militaire ​dans le passé…aujourd’hui aucun besoin militaire…​ » et d’interroger son jeune auditoire sur la bonne compréhension du message, sous-entendant si vous n’avez pas compris que le SNU n’est pas le service militaire : « vous vous voulez que j’en remette une louche? » Silence dans la salle, message reçu Monsieur le 1er Ministre !

Ainsi pour celles et ceux d’entre vous, lectrices et lecteurs, qui fondiez l’espoir d’un retour aux valeurs d’engagement sous les drapeaux, vous devez vous faire à l’idée que vos espoirs ne répondent plus qu’à l’appel d’ «un passé collectif» qui «n’a pas sa place aujourd’hui». Comme annoncé par notre 1er Ministre ainsi que le Général MENAOUINE, il vous faut dorénavant ranger au placard, les souvenirs d’engagement sous les drapeaux de jeunes garçons, parfois désœuvrés, souvent encore reliés au cordon familial qui rentraient au bercail douze mois plus tard, tels des hommes transformés, plus endurcis, plus responsables, devenus des soldats formés à la défense de leur patrie. Oubliées les transmissions de valeurs de respect et d’obéissance face à la hiérarchie, de vie en collectivité durant un an. Tout cela appartient résolument au passé !

La question se pose alors : à quoi va servir ce futur S N U pour notre jeunesse ?

Si l’on s’en tient aux interventions du 1er Ministre et du Général MENAOUINE, « 2 idées force » sont mises en avant, s’appuyant toujours sur ce même scénario :

  • La 1ère phase «Force» obligatoire pour les 15/16 ans, est la phase dite de «cohésion sociale, territoriale afin de transcender les différences ». Elle interviendra avant la fin de scolarité obligatoire. Elle a pour but d’apprendre autre chose que ce qui est enseigné au collège et au lycée. Par exemple, apprendre les gestes qui sauvent, s’inscrire dans des travaux de rénovation, faire de l’accompagnement pour les enfants handicapés, apprendre le numérique aux personnes âgées, Mais aussi recevoir l’enseignement de la défense nationale s’agissant de permettre à la jeunesse d’incorporer des entreprise du secteur privé mais aussi des associations comme les institutions de la fonction publique. Cette première phase devrait aussi  « permettre à l’Etat d’identifier les problèmes de niveau d’écriture, de lecture et de langage pour certains jeunes en difficultés et ainsi leur donner un coup de pouce » a souligné le 1er Ministre.

 

  • 2ème phase «Force» non obligatoire s’adressant aux 16/25 ans, basée sur le volontariat sur une période minimum de 3 mois, qui pourra être civile ou militaire. Elle permettrait à certains d’acquérir des compétences dans la sécurité, la défense, le social ou la valorisation du patrimoine par exemple. Elle doit permettre pour celles et ceux qui le souhaitent, de nourrir un projet professionnel à venir. Les volontaires de la phase 2 pourraient aussi faire l’encadrement des 15/16 ans de la phase 1. En somme un service civique qui permettrait d’être utile au collectif, de se mettre en valeur sur un curriculum vitae voire de trouver sa voie professionnelle. Précisant que pour les étudiants, cette phase d’engagement ne devra pas les desservir dans leur cursus scolaire et/ou universitaire mais au contraire, maintenir la reconnaissance des acquis. Un débat est à venir pour le 1er Ministre, s’agissant de savoir si l’engagement pour les 16/25 ans devraient être effectué durant les vacances scolaires ou même les samedi/dimanche.

Vous l’aurez toutes et tous compris, la feuille du route du Service National Universel est en marche, annonçant la fin irrévocable de l’ancien service militaire pour y inscrire en place et lieu, les valeurs de fraternité et d’engagement individuel pour le bien collectif.

Restent néanmoins d’autres questions, qui pour l’instant sont sans réponse :

  • Quel sera le coût du S N U ? est-ce le Ministère des Armées seul, qui devra mettre la main à la poche ? la logique voudrait que non, les Ministères concernés dans l’élargissement de l’engagement tels que l’Intérieur,  la culture,  l’enseignement (entre autres) devraient également participer financièrement ?
  • Qui assurera l’administratif, le transport et l’hébergement ? Là encore, sans réponses données clairement pour le moment, des suppositions et supputations vont bon train, notamment au sein de notre armée.

Nous pouvons alors comprendre l’inquiétude de nombre de nos militaires interrogatifs face à la fermeture des régiments tandis que d’autres n’ont pas les structures nécessaires pour accueillir une jeunesse mixte. Les rotations importantes des déploiements en mission Sentinelle et opérations extérieures restreignent fortement la disponibilité du personnel encadrant. Les questions fusent au sein de l’armée jusqu’à entendre certains de nos soldats, réclamer que l’on s’occupe de rénover les bâtiments régimentaires ainsi que matériels et véhicules militaires, avant que de vouloir mettre en place un Service national.  

Nous le savons toutes et tous, nos militaires sont des hommes aux valeurs d’engagement et d’honneur, dont la conviction est celle de consacrer leur vie au service de la nation dont leurs jeunes compatriotes. Il serait en effet judicieux de les consulter afin de poursuivre la feuille de route du SNU en adéquation avec une situation matérielle et logistique, s’il s’avérait que dans quelques mois, ce soit eux les premiers concernés par le transport, l’hébergement et l’encadrement de nos futures jeunes appelées au S N U. 

Il appartiendra à notre jeunesse de s’exprimer de nouveau lors des 5 prochaines journées de concertation prévues a Compiègne, en Île de France, en Guyane, en Isère ainsi qu’en Aquitaine. Concertations qui feront l’objet d’un rapport remis au Chef de l’État fin Octobre, pour prises de décisions annoncées fin 2018.

Dans une société ou émergent incontestablement l’individualisme et différentes formes de rejet de l’autorité, gageons que la fraternité et les efforts d’engagement pour le bien commun contribueront à construire un avenir meilleur pour la nation, qu’il ne l’est aujourd’hui. Rappelons à cet effet, les propos tenus par le Général De Villiers dans une interview accordée au Parisien en Juillet dernier : « Les jeunes français sont prêts à l’effort des efforts, dans une société ou prime parfois la loi de la paresse. Il y a chez eux une recherche de sincérité, de vérité, de tripes….Ils aspirent à découvrir que l’on est plus fort ensemble, parfois dans l’effort mais toujours dans la satisfaction…».

Gageons Mon Général que votre optimisme soit communicatif, mais surtout à hauteur des enjeux de fraternité et d’engagement de notre jeunesse pour le bien national qui en a grand besoin.

Mercedes CREPIN.

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