Une « prime de lien au service » pour les marins.

Le 17 Octobre dernier, l’Amiral Christophe Prazuck, Chef d’Etat-Major de la marine nationale était auditionné devant l’assemblée nationale afin de parler du plan stratégique prévu pour la marine appelé plan Mercator.

Audition durant laquelle, ce dernier a mis en avant quatre axes prioritaires à venir : une marine d’emploi, une marine de combat, une marine en pointe technologiquement et une marine qui compte sur chacun de ses marins.

Extrait du compte-rendu d’audition de l’Amiral Christophe Prazuck  :

Une marine d’emploi, c’est ce que nous sommes déjà et ce que nous devons rester. Vous avez tous entendu parler de la collision, il y a dix jours, entre le roulier tunisien Ulysse et le porte-conteneurs chypriote Virginia au large du cap Corse. Sur cet incident aux conséquences très sérieuses, notamment en termes de pollution maritime, nous avons successivement engagé trois navires affrétés par la marine, un remorqueur de haute mer – l’Abeille Flandre –, des bâtiments de soutien, d’assistance et de dépollution (BASD) – le Jason et l’Ailette –, un bâtiment base de plongeurs-démineurs – le Pluton – pour aller vérifier les coques des deux bateaux, plusieurs vols d’avions de surveillance maritime Falcon 50, un hélicoptère Caïman de la marine pour emmener et treuiller à bord des équipes d’évaluation des dégâts composées de marins, des équipes du centre d’expertise pratique de lutte antipollution de la marine à Brest, une équipe du bataillon des marins-pompiers de Marseille spécialistes de la désincarcération, pour nous donner leur analyse sur l’imbrication des deux bateaux…

Cela n’a l’air de rien, une marine qui navigue, mais en Europe, nombre de marines, qui ont été de grandes marines richement dotées en moyens techniques, ne sont plus des marines d’emploi et ne naviguent plus.

Le deuxième axe est celui d’une marine de combat. Je vous ai parlé….. du retour du combat et de la tension des opérations en haute mer. Pendant vingt ans, les marines occidentales avaient le dessus en haute mer. Ce n’est plus le cas.

……je sais que nous devons nous adapter à ces nouvelles tensions et à ces nouvelles opérations. Je veux donc aguerrir les équipages de la marine, leur faire prendre davantage conscience des réalités du combat en haute mer : le manque de sommeil, le stress au combat, le feu dans des espaces confinés, l’attrition des équipes, la gestion des urgences médicales, le fonctionnement de systèmes complexes en mode dégradé. Cela, c’est l’entraînement. Je veux aussi réviser notre politique de tir. Je veux que chaque équipage de bateau et d’aéronef tire au moins une munition complexe tous les deux ans. Une munition complexe, c’est un missile ou une torpille. Aujourd’hui, nous en faisons une gestion parcimonieuse, parce qu’elles sont onéreuses. Mais c’est précisément aussi parce qu’elles sont onéreuses que le jour où on les emploie, il faut que nous ayons l’assurance de leur bon fonctionnement. Je veux donc réviser notre politique de tir. Cela imposera de renouveler et de compléter nos stocks. Enfin, je veux relancer la réflexion opérationnelle, le war gaming, c’est-à-dire l’étude de scénarios à tous les niveaux – tactique, opérationnel, politico-stratégique – sur des situations maritimes.

Le troisième axe est une marine en pointe technologiquement.

C’est tout le sujet de l’innovation, avec la création de l’Agence de l’innovation de défense (AID) et de notre lien avec la DGA et les industriels. Nous devons tester les matériels en boucle plus courte, faire grandir les innovations, accepter l’échec – car dans l’innovation, il y en aura toujours. C’est la raison pour laquelle nous avons créé, au sein de la marine, le Navy Lab. Ce projet permet de proposer de nouvelles applications que nous pourrons intégrer sur nos bateaux.

Ces innovations technologiques ne s’appliquent pas qu’au domaine opérationnel. Elles doivent aussi simplifier la vie du marin, au service notamment de la maintenance prédictive, pour laquelle il faut être capable d’enregistrer tous les paramètres d’un moteur pour savoir comment intervenir à l’avance, avant qu’il ne tombe en panne. Ces technologies doivent aussi nous permettre de mieux assurer l’administration des marins.

Le dernier point du plan Mercator : la marine compte sur chacun de ses marins. Je dois donc me battre pour conserver les marins qualifiés dans la marine. Je dois également élargir le pool de recrutement. Aujourd’hui, je recrute principalement dans des filières techniques et professionnelles. Je pense qu’il faut que j’ouvre plus largement le recrutement et que j’aille vers la filière générale. C’est dans ce cadre que j’augmenterai notamment le nombre de femmes dans la marine – l’une des ambitions du plan Mercator consistant à augmenter de 50 % leur nombre d’ici 2030, en le faisant passer de 14,5 % à 21 % des effectifs, ou encore de 5 000 à 7 500.

En termes de fidélisation, la mesure phare du plan Mercator est le passage d’un plus grand nombre de bateaux à deux équipages…..Pour 2019, la ministre a suivi ma recommandation de passer à deux équipages la FREMM Aquitaine à Brest, la FREMM Languedoc à Toulon et le patrouilleur de service public (PSP) Flamant à Cherbourg.Mon objectif est de donner de la prévisibilité sur l’activité des bateaux pour permettre aux marins de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, afin de les fidéliser.

D’autre part, j’identifie des points de vigilance particuliers, à commencer par les munitions. Je vous ai dit que je voulais adopter une nouvelle politique de tir et recompléter mon stock de munitions. Nous avons fait beaucoup d’économies sur les munitions au cours des 20 dernières années. Nos stocks sont bas. Il faut les recompléter.

Autre point de vigilance, les ressources humaines. Vous noterez, dans le PLF 2019, l’instauration d’une prime de lien au service qui me permettra de rationaliser et de rendre plus lisibles les différentes primes qui existaient pour fidéliser les marins. Il faudra aussi, dans l’année qui vient, traduire le discours sur l’amélioration du soutien de proximité des militaires, et des marins en particulier. Aujourd’hui, notre organisation est faite pour perdre des effectifs.

 

Les marins ont donc acté le versement d’une prime de lien au service, prime dont notre rédaction aura très certainement confirmation par témoignages et preuves rapportées s’agissant de la date prévue de versement en 2019, son montant et conditions d’attribution.

La rédaction.

Crédit photo : REUTERS-G.RUEDA

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.